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Ça mange quoi en hiver ? Un peu d'étymologie

Dernière mise à jour : 11 mars 2023


Paysage de neige : chemin bordé d'arbres.
"Où peut-on souhaiter d'aller en hiver ? Je vais au-devant du printemps."

Les habitants des zones tropicales et équatoriales ne le connaissent pas. Pour ceux de l'hémisphère sud, il aura lieu entre juin et septembre. Certains l'attendent pour le plaisir de la neige, le nécessaire repos de la nature (qui cependant prépare déjà la suite), pour les fêtes qui y sont associées, pour aller au ski, profiter des feux dans la cheminée ou le poêle à bois. D'autres le redoutent : il est synonyme pour eux de froid, de grisaille, d'obscurité trop vite venue. Toutefois, en cette période de changement climatique radical, conscients de son indispensable présence dans le cycle naturel, nous espérons qu'il tienne bon encore longtemps. Oui, penchons-nous dans cet article sur le mot hiver. C’est de saison pour quelques semaines encore.


Connaissez-vous le lien entre le mot hiver et le mot chèvre ? Que désigne textuellement l'Himalaya ? Sauriez-vous donner le sens des termes solstice et équinoxe ? Faites-vous une différence entre l'hiver astronomique, l'hiver météorologique et l'hiver calendaire ? Combien d'expressions contenant le mot hiver pourriez-vous citer ?


Répondons ensemble à ces questions brûlantes (cela nous réchauffera !).


Remarque : si vous le souhaitez, vous pouvez écouter la version enregistrée de cet article grâce au podcast « Les mots, les remèdes » en cliquant sur les lecteurs qui se trouvent après le titre de chaque chapitre. L'ensemble des épisodes est disponible dans la rubrique

« Podcast » du menu ou bien ici.

Vous pouvez mêler les deux approches : lecture de l'article, écoute de l'épisode du podcast, ensemble, l'un après l'autre, comme bon vous semble.



J'ai un mot à vous dire ou comment tout savoir sur l'origine du mot hiver




Le mot hiver vient du latin hiems, « hiver », auxquels se rattachent les adjectifs hiémalis et hibernus. C’est finalement l’expression hibernum tempus qui l’a emporté sur le mot latin classique hiems. Cependant, on trouve encore sa trace en français dans l’adjectif littéraire hiémal, « relatif à l’hiver, qui pousse l’hiver ».


« Les petits ifs du cimetière

Frémissent au vent hiémal

Dans la glaciale lumière »,


écrit Paul Verlaine dans son poème « Sub urbe », issu du recueil Poèmes saturniens publié pour la première fois en 1866.


Certains décomposent l’adjectif hibernus en hi-, « la neige » + -ber-, « qui apporte » auxquels on ajoute le suffixe participial -nus.


Le mot hiver vient du bas latin hibernum tempus

Le latin classique hiems et le bas latin hibernum viennent d’une base indo-européenne

°g’hi-m qui signifiait « la saison froide, la neige ». À croire que froid et neige ont toujours été étroitement associés dans les esprits, et pour cause.

La forme sanscrite hima a donc la même origine que le latin hiems. Elle a servi à former le nom Himalaya : alaya signifiant « maison », l’Himalaya désigne textuellement « la demeure de la neige ».

De cette racine indo-européenne dérivent également les mots grecs khion, « la neige qui tombe » et kheima, « l’hiver ». À partir de ce dernier terme kheima se forme le mot khimaira, « chèvre née à la fin de l’hiver précédent, chevreau ». Ne nous arrêtons pas en si bon chemin ! De khimaira naît le mot chimère, animal monstrueux, ainsi nommé car une partie de son corps est celui d’une chèvre (les deux autres parties étant celles d’un lion et d’un dragon). De là, le lien entre la chèvre et l’hiver.


Le mot hiver et le mot chèvre ont un lien de parenté

Le mot hiver s’écrivait iver ou ivern au XIè siècle. Le h  a été réintroduit au XIIè siècle. On écrit alors hiver ou hyver. Au XVIè siècle, Du Bellay parle de « l’hyver de ses ennuis » avec un y. Enfin la graphie que nous connaissons aujourd’hui avec un i s’impose en français dit « moderne ».

L’Académie française dans sa rubrique en ligne « Dire, ne pas dire » rappelle qu’un linguiste suisse, Adolphe Pictet (dont le célèbre Ferdinand de Saussure a été l’élève), s’étonnait que le m du mot latin hiems ait évolué en b dans hibernus. Ce n’est en effet pas une transformation habituelle. Il fournissait une explication fantaisiste à cette bizarre évolution phonétique en prétendant que les rhumes provoqués par les froids de l’hiver transformaient les sons m en b : « J’ai un rhube » !


Le mot hiver s'est d'abord écrit iver, ivern, hyver

 


L’hiver désigne la plus froide des quatre saisons de l’année dans les climats tempérés : dans l’hémisphère nord, il va du solstice d’hiver (21 ou 22 décembre, jour le plus court de l’année) à l’équinoxe du printemps (20 ou 21 mars, date où le jour a une durée égale à la nuit). Le mot solstice signifie textuellement « arrêt du soleil », c’est-à-dire le moment de l’année où il est le plus éloigné de l’équateur. Le mot équinoxe vient du latin equi, « égal » et nox, « la nuit ».

L’hiver austral est inversé. En Australie en ce moment, c’est l’été : chaleur et grand soleil sont au rendez-vous. Dans les zones tropicales et équatoriales, on ne parle pas d’hiver. On distingue deux saisons : la saison sèche et la saison des pluies.

L’hiver astronomique, dont il vient d’être question, qui va du solstice d’hiver à l’équinoxe de printemps dans l’hémisphère nord et du solstice d’été à l’équinoxe d’automne dans l’hémisphère sud, est déterminé par le degré d’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre sur son orbite par rapport au Soleil. Par exemple, lorsque cet axe est perpendiculaire au Soleil, ce sont le printemps ou l’automne qui commencent. L’hiver météorologique, quant à lui, comprend les mois les plus froids de l’année, décembre, janvier et février. Il est plus culturel et s’appuie sur les températures ressenties : les températures moyennes minimales étant enregistrées autour de la mi-janvier, l’hiver météorologique commence le 1er décembre et se termine fin février. Enfin, l’hiver calendaire repose sur les différences vécues d’un pays à l’autre. On l’a compris : à Paris, l’hiver s’étend du 21 décembre au 19 mars alors qu’à l’île de la Réunion il commence le 21 juin et s’achève le 22 septembre. Mais en Russie ou en Ukraine, par exemple, il commence le 1er décembre, ce qui correspond à l’hiver météorologique. En Scandinavie, il commence encore plus tôt, le 1er novembre à la Toussaint pour s’achever à la Chandeleur, le 1er ou le 2 février. Enfin, dans le calendrier chinois, l’hiver débute le 7 novembre.


Hiver astronomique, météorologique, calendaire

De façon plus générale, il sera question d’hiver, sans tenir compte avec précision des dates du calendrier, dès que l’on jugera que l’on est entré dans la période froide de l’année. On peut d’ailleurs parler d’hiver précoce ou remarquer a contrario qu’« il n’y a pas eu d’hiver cette année, ma bonne dame !  ». On va aux sports d’hiver dès le mois de novembre et parfois jusqu’en avril, voire en mai dans certaines stations de ski. Il y a le fameux passage à l'heure d’hiver appliqué chaque dernier dimanche d’octobre qui nous fait gagner une heure de sommeil, l’heure d’hiver étant l’heure dite « normale », c'est-à-dire en avance d’une heure sur l’heure solaire.


Au figuré, le mot hiver est employé pour désigner des moments tristes ou difficiles ainsi que pour évoquer la vieillesse. Eh oui ! On a vingt-cinq printemps, mais soixante-dix hivers. Le monde est bien cruel ! D’ailleurs, on parle d’hiver de l’âge, d’hiver de la vie.


 

De la même famille que le mot hiver ? Les adjectifs hivernal, hibernal, hiémal ; les verbes hiverner, hiberner (je reviendrai sur la différence entre hiverner et hiberner dans un article consacré aux « margimots ») ; les noms hivernant (contraire de estivant), hibernation, hivernage.


Attardons-nous quelques instants sur le mot hivernage : il désigne le temps de relâche des navires pendant la saison des pluies, des glaces ou des ouragans ainsi que le port destiné à abriter les embarcations durant cette période. Dans les régions tropicales et notamment aux Antilles, il désigne la saison des pluies. Enfin, il peut s'appliquer à la saison des troupeaux à l’étable pendant l’hiver contrairement à l’estivage et désigner également, dans un usage vieilli, le fourrage consommé par les animaux en hiver.


Rappel : un mot de la même famille qu'un autre est un mot qui possède le même radical

Parmi les synonymes du mot hiver, retenons saison froide, froidure, arrière-saison, frimas, vieillesse, années, temps, déclin.


L'antonyme du mot hiver est le mot été, sans surprise. Enfin, jusque-là ! Les changements remarqués ces dernières années dans le déroulement classique des saisons feront-ils toujours, dans quelque temps, de l'été l'antonyme de l'hiver ?


Rappel : le synonyme est un mot de même sens qu'un autre et l'antonyme un mot de sens contraire

La langue française ne manque pas d'expressions contenant le mot hiver :

  • hiver rude, rigoureux, clément, doux, humide, pluvieux, sec, précoce ou tardif ;

  • endurer les rigueurs de l’hiver ;

  • les longues soirées d’hiver ;

  • faire des provisions pour l’hiver ;

  • été comme hiver ;

  • dans le fort ou au fort de l’hiver ;

  • la collection d’hiver ;

  • les soldes d’hiver ;

  • jardin d’hiver (je ne peux résister à l'envie de vous conseiller au passage d'écouter - ou de réécouter - la très belle chanson de Benjamin Biolay et Keren Ann interprétée par Henri Salvador dans l'album Chambre avec vue sorti en 2000 );

  • fruits d’hiver (poires, pommes) ;

  • sports d’hiver ;

  • Jeux Olympiques d’hiver ;

  • quartier d’hiver (au sens militaire), d'où vient l'expression prendre ses quartiers d’hiver (dans la vie civile) ;

  • habiller pour l’hiver (« dire du mal de quelqu'un ») ;

  • ne pas passer l’hiver ;

  • comme un singe en hiver, expression qui signifie « frigorifié, triste, déprimé ». C'est aussi le nom d'un film français d’Henri Verneuil sorti en 1962 avec Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo. Albert, joué par Gabin, regrette ses années de jeunesse passées en Chine. À la fin du film, il raconte à Marie, la petite fille de Gabriel, joué par Belmondo, l’histoire de ces singes chinois qui, en hiver, se perdent dans les grandes villes. Les habitants, persuadés qu'ils ont une âme, dépensent beaucoup d'argent pour les reconduire en train dans la jungle.

Remarque : on appela l’hiver russe qui précipita la défaite des armées napoléoniennes en 1812 le général Hiver.


Parmi les proverbes :

  • À la Chandeleur, l’hiver se passe ou prend vigueur.

  • Mi-mai, queue d’hiver.

  • Qu’est-ce que ça mange en hiver ? (expression utilisée au Québec afin de marquer son étonnement, sa curiosité, sa perplexité ou afin d'indiquer que l’on désire en savoir plus sur le sujet).


Pour clore ce premier chapitre , une citation : « Le Canada a deux saisons : l’hiver et le mois de juillet » (Robert Hollier, Bétail, 1960) et un rappel mythologique : dans l’antiquité grecque, l’hiver représentait la tristesse de Déméter, déesse de la terre, privée de sa fille Perséphone pendant six mois de l’année. Perséphone a, en effet, été enlevée par Hadès, dieu des Enfers. Lorsque Zeus ordonne à Hadès de rendre Perséphone à sa mère, la jeune fille a déjà goûté aux pépins du fruit des morts, ce qui l’oblige à passer la moitié de l’année sous terre (les mois les plus froids) et l’autre aux côtés de Déméter (les mois les plus chauds). À ce stade de l'année, Déméter doit trépigner d'impatience car elle ne va pas tarder à retrouver sa fille après six mois de séparation.




Si vous désirez faire une courte analyse

du début d'un poème de Victor Hugo,

puis pratiquer quelques exercices d'écriture








































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