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Étymologie, style, arts : pour que tout soit clair comme de l'eau de roche


Gros plan sur de l'eau coulant entre deux cailloux
"L'entendez-vous, le menu flot sur les cailloux ?"

Savez-vous que les mots « eau » et « Ève » ont un lien étroit ? Souhaitez-vous connaître tous les secrets de l'épiphore et vous entraîner à en écrire ? Avez-vous déjà en tête des livres, des films, des chansons, des oeuvres d'art qui tournent autour du thème de l'eau ?


Allons ! Glissons ensemble sur la vague du mot "eau": prenons un bon verre d'étymologie (qui vous apportera l'estime au logis !), rafraîchissons notre style grâce à un exercice d'écriture et puisons à la source des arts pour nous abreuver d'oeuvres limpides comme de l'eau de roche.


J'ai un mot à vous dire ou comment tout savoir sur l'origine du mot "eau"


Le mot « eau » vient du latin « aqua », racine latine que l’on retrouve presque identique dans le mot espagnol « agua ». Les Romains de l’Antiquité distinguaient l’eau comme élément naturelle, « aqua », de l’eau en mouvement, « unda », qui a donné le terme poétique (puis scientifique) « onde » en français.


La racine grecque désignant l’eau est « hydro » : elle sert à former les termes scientifiques contenant l’idée d’eau comme « hydraulique, hydromètre, hydronymie (science qui étudie les noms de fleuves et de rivières) », mais aussi, placée en fin de mot, « clepsydre » par exemple, horloge à eau, textuellement « voleuse d’eau » puisque clep – signifie « voler, dérober » comme dans « cleptomane ».

On pense aussi à « l’hydre », serpent d’eau, au verbe « hydrater ».


Si l’on remonte encore dans le temps, ces racines sont elles-mêmes issues de la racine indo-européenne « wed-, wad- » que l’on entend dans le mot anglais « water », dans le mot allemand « Wasser », dans le mot russe « voda » déformé en « vodka » (une eau forte donc).


« wed-, wad- » en indo-européen > « hydro » -en grec > « aqua » en latin > « ewe », puis « eau » et « eve » en ancien français

On comprend facilement le sens des mots « aquarelle, aquarium (pour les Romains de l’Antiquité, un réservoir, un abreuvoir où ne nageaient que rarement des poissons par conséquent), aqueduc (canal qui conduit l’eau), aquamarine dite également aigue-marine (la pierre précieuse venant de la mer) ».


Plus surprenant peut-être :


- le mot « gouache » (en italien « guazzo », de « guazza », la rosée) vient du latin

« aquatio », peinture détrempée à l’eau ;


- le signe zodiacal du Verseau (qui verse de l’eau) est ainsi nommé parce que la période de l’année à laquelle il correspond est réputée pluvieuse ;


- la ville d’Aix-les -Bains s'appelle ainsi car il s'agit d'une ville de sources thermales : « Aix », du latin « aquae », les eaux.


Les mots « gouache, Verseau, Aix-les-Bains » ont, eux aussi pour origine le latin « aqua »

Pour finir en beauté, rappelons que « aquarium » et « évier » sont en fait tous deux directement dérivés du latin « aqua ».

Ce sont des DOUBLETS, des espèces de jumeaux qui ne se ressembleraient pas physiquement, « aquarium » étant le doublet savant (proche du mot latin) et « évier », le doublet populaire (éloigné par la prononciation du mot latin d’origine).

Le latin « aqua » a évolué en « ewe » en ancien français, qui a donné les deux variantes

« eau » et « eve ». La première forme l'a emporté en français moderne, mais il reste trace de la deuxième dans le prénom « Ève » notamment, qui signifie « la source de vie ».



Perles d'eau sur des feuilles.
"Une goutte de pluie où le ciel vient briller"

Vous avez du style ou comment l'épiphore va vous aider à améliorer votre expression


« Musique de l’eau

Attirance de l’eau

Trahison de l’eau

Enchantement de l’eau »


Anne Hébert, Les Songes en équilibre, « L’Eau », 1942


Ce poème repose sur une ÉPIPHORE (du grec « epi », en plus et « pherein », porter). L’épiphore consiste à répéter un même mot ou groupe de mots à plusieurs reprises en fin de vers (s'il s'agit d'un poème) ou de phrase (dans un texte en prose). En somme, un terme bien savant pour qualifier un procédé très simple. Dans le texte d’Anne Hébert, le groupe de mots répété est « de l’eau » bien sûr.


Épiphore : répétition insistante d'un mot ou groupe de mots en fin de vers ou de phrase

La plus célèbre épiphore se trouve sans doute dans le roman épistolaire de Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, paru en 1782, dont je vous conseille la lecture ou la relecture. Le Vicomte de Valmont, l’un des personnages principaux, y écrit une lettre de rupture dont chaque phrase se termine par « Ce n’est pas ma faute ».


Un petit exercice d'écriture ?

Pourquoi ne pas essayer l’ÉPIPHORE dans un texte de votre invention ? Vous pouvez reprendre l’une des répétitions mentionnées plus haut : « de l’eau » ou « ce n’est pas ma faute », ou bien en trouver une autre. Ensuite, laissez-vous guider par votre imagination pour terminer toutes les phrases ou tous les vers de votre texte par cette expression. Vous verrez, cela crée un rythme très efficace.


J'ai concocté cet exemple pour vous :

« Écrire est ton talon d'Achille : essaie l'épiphore ;

Tu trouves que ton texte manque de style : essaie l'épiphore ;

Tu cherches en vain la rime facile : essaie l'épiphore ;

Tu veux que ton poème rutile : essaie l'épiphore ;

Qu'enfin tous tes lecteurs jubilent : essaie l'épiphore ! »


A vous de jouer.


Vague déferlant sur la plage, Océan Atlantique
"Océan sonore"

Les arts se prélassent ou comment raviver sa culture générale


Voici quelques suggestions d'oeuvres à découvrir ou à revisiter à l'occasion de notre expédition dans le grand pays de l'EAU.

Quels livres, quelles chansons ou quelles musiques, quels films, quelles oeuvres d'art vous viennent à l'esprit lorsque l'on évoque l'EAU ?

Des romans :


L’Odyssée de Homère, VIIIè siècle av.J.C ; Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne, 1870 ; Pêcheur d’Islande de Pierre Loti, 1886 ; Le Vieil homme et la mer de Ernest Hemingway, 1952 ; Jean de Florette et Manon des sources de Marcel Pagnol, 1963, ... Des films :


Mission de Roland Joffé, 1986, Palme d’or au festival de Cannes avec la superbe musique d’Ennio Morricone ; Le Grand Bleu , de Luc Besson, sorti en 1988 ; Et au milieu coule une rivière de Robert Redford, 1992 ; L’Odyssée de Pi par Ang Lee, sorti en 2012 (adapté du roman de Yann Martel, L’Histoire de Pi, 2001) ; Des œuvres d’art :


Le travail de l’eau dans les tableaux impressionnistes, par exemple la série des « Nymphéas » de Monet (1914 - 1926) ; les bassins et fontaines du château de Versailles, par exemple le bassin d’Apollon situé en face du Grand Canal ; Des musiques, des chansons :


« La Mer », œuvre symphonique créée par Claude Debussy en 1905 ; « La Mer » de Charles Trénet, 1945 ; « Des Ronds dans l’eau » , paroles de Pierre Barouh, 1967, interprétée par Annie Girardot et Françoise Hardy ; « Washing of the Water », de Peter Gabriel, 1992 ; la chanson de Claude Nougaro, « Eau douce », dans l’album La Note bleue en 2004.


À vous de compléter la liste.


Prêt-e à embarquer à nouveau la semaine prochaine ?


L'étymologie du mot "eau", les doublets, l'épiphore, les oeuvres artistiques et littéraires que l'eau évoque pour vous : j'espère que la navigation a été bonne.

Osez faire l'exercice d'écriture suggéré dans l'article et laissez un commentaire en bas de page si le coeur vous en dit.

À la semaine prochaine pour une nouvelle exploration linguistique, stylistique et artistique.

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